WHAT’S UR STORY RENCONTRE MINOU CHRYS-TAYL, L’ACTIVISTE ET FÉMINISTE. PARCOURS AU CŒUR DES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES

WHAT’S UR STORY RENCONTRE MINOU CHRYS-TAYL, L’ACTIVISTE ET FÉMINISTE. PARCOURS AU CŒUR DES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES

Mystic ODB : Bonjour Minou, vous êtes activiste et engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes depuis un certain temps. Quel est l’évènement déclencheur de ce combat contre les violences conjugales, physiques et psychologiques ?

Minou : Bonjour à vous, je suis Minette Christelle, journaliste, web-activiste, fondatrice de l’association et du mouvement : « J’ai décidé de vivre ». Mon combat c’est la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Je m’y suis retrouvée parce que victime de violences, j’ai réussi à m’en sortir. En témoignant, je me suis rendue compte de l’ampleur et la gravité de ce phénomène. Alors avec mes compétences en communication surtout digitale, j’ai décidé de beaucoup plus m’axer sur le web parce qu’il y’avait un manque d’écoute et un très grand besoin pour ces femmes d’être écoutées.

Mystic ODB : Selon vous qu’est-ce qui justifie-le fait qu’aujourd’hui les violences faites aux femmes soient au centre des débats ?

Minou : Nous sommes à une ère où les langues se délient. Que ce soit en Amérique ou en Occident : l’affaire Weinstein (balance ton porc) est un bel exemple. Les femmes aujourd’hui n’en peuvent plus. Il y’a une recrudescence de violence mais aussi une recrudescence de la parole. Avec l’avènement du digital, on assiste à une évolution de la libération de la parole. Les femmes se servent des réseaux sociaux pour en parler et les médias comme la TV et la radio se chargent de faire le relai. Sur le digital, les jeunes filles ont trouvé du réconfort. À chaque fois qu’elles rencontrent un problème, elles le partagent directement ; contrairement à nos mères, qui avaient la dictature du silence. Il y’a aujourd’hui une meilleure manière des femmes de pouvoir crier au secours. Elles ne sont certes pas écoutées, mais elles réussissent à s’ouvrir. On remarque aussi que de plus en plus les femmes occupent des postes de décision et facilitent le relai d’information. Le sujet des violences faites aux femmes est mondial, un challenge en Afrique, particulièrement en Afrique francophone (que je maîtrise mieux).

Mystic ODB : Aujourd’hui après deux ans d’activités avec votre association « J’ai décidé de vivre », quel est votre regard sur la situation des violences faites aux femmes au Cameroun ?

Minou : Mon regard est très critique, je dirai même très alarmant. Il y’a un sérieux problème de connaissance sur le sujet. Au Cameroun et pratiquement dans la sous-région, c’est comme une maladie. La violence faite aux femmes est réduite à la violence physique et le terme utilisé c’est «femmes battues ». On ne prend pas en compte le harcèlement sexuel, les discriminations, le sexisme, la violence de la belle-famille, les mariages forcés, l’excision, les mutilations génitales et aussi les violences en période de conflits comme ce qu’on vit au Nord-Ouest et au Sud-Ouest. Le sexisme et la culture du viol ne sont pas du tout connus. Il y’a vraiment un traitement vieillot et ancien. Pourtant, des recherches ont été faites sur la mémoire traumatique qui permet normalement d’avoir un travail scientifique sur les violences. Chez nous, on se dit que la femme violée se relève facilement et hop ! Pourtant le traitement psychologique est important. On ne sensibilise pas, on ne forme pas, dans les secteurs comme la santé, la police, le système judiciaire. Autre bémol, le manque de jeunes femmes qui représentent la population à l’assemblée avec des témoignages au sein du parlement avant de voter des lois. Aujourd’hui les victimes sont culpabilisées, les criminels glamourisés. Je prends un exemple : on va violer une petite fille, les gens diront : « tiens cette femme devrait faire attention à qui elle fait entrer dans sa vie », au lieu de condamner l’acte. Autre chose, la lecture de certains textes pose problème : le harcèlement sexuel est presque considéré comme délit mais pas très bien formulé dans le code pénal. Ce sont donc à tous ces problèmes-là qui doivent être vite réglés sinon on assistera à une destruction de la cellule familiale qui détruira la société, détruire et freiner le développement de notre pays et de la sous-région francophone, parce que peu importe le pays, le danger est le même ! Il faut des reformes et un budget assez conséquent : chose que nous n’avons pas. Il faut un ministère dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes, la protection de l’enfance, le droit des femmes. Le ministère pour la promotion de la femme et de la famille, celui des affaires sociales ; ça fait vieillot. Il faut se mettre à niveau et se battre avec les armes de notre temps. Mais l’un des gros soucis que j’ai, c’est le manque d’empathie par rapport à l’humanité des femmes, le manque de condamnation des criminels par les hommes qui pourtant crient haut et fort qu’ils sont nos alliés. Les féministes sont critiquées. Les hommes pensent qu’il s’agit d’égalité simple pourtant c’est l’égalité des droits, c’est châtier les hommes de façon juste.

Mystic ODB : Quel est le profil des femmes qui se tournent vers vous pour demander de l’aide ? Quel est leur statut social et comment elles entrent en contact avec vous ?

Minou : 90 % me contactent via le digital : soit par mail, soit sur les réseaux sociaux vue que je partage beaucoup dans les groupes africains. Ce sont des femmes en couple, officiellement ou pas. Elles peuvent être instruites, en manque de moyens, intelligentes, connues. Toutefois, le point commun c’est qu’elles sont brisées à cause de ce qu’elles ont subi. Je reçois plus les femmes d’Afrique francophone : Cameroun, le Bénin, la Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina Faso. J’ai eu deux d’Afrique anglophone jusqu’ici, des françaises, des italiennes. Certaines sont des africaines qui vivent dans des pays étrangers. J’ai même des divorces à mon actif. Lorsqu’elles me contactent, nous commençons à discuter, ensuite je leur passe mon numéro privé. Je les écoute, je les rassure. J’essaye d’entrer dans leur cerveau parce qu’elles sont emprisonnées dans leur bulle et le seul moment de sursaut où elles demandent de l’aide, je saisis cela et je leur donne beaucoup d’amour ; sans les juger, sans qu’elles n’aient peur. La première des choses c’est de leur dire que je les croie. Parce que les bourreaux veulent que la parole des victimes ne soit pas entendue. Il y’a aussi des familles qui me contactent, pour que je puisse aider leurs filles, nièces. Parfois ce sont des voisins qui m’amènent voir des personnes pour les aider. La première étape c’est qu’elles veulent parler, là où on ne va pas les insulter. Elles veulent parler sans être jugées.

 

Mystic ODB : Selon vous, les hommes au Cameroun sont-ils plus violents qu’ailleurs en Afrique ? Si oui, comment expliquer cela ?

Minou : Le pourcentage des violences faites aux femmes est de 66 % pour l’Afrique Centrale et 67 % pour l’Afrique de l’Ouest. Le Cameroun est dans une situation de crise de violence, celle de la libération de la parole. Elle se répercute pratiquement dans tous les aspects de la vie. C’est très souvent des hommes mal traités dans leur lieu de service qui remettent cela sur les femmes. L’autre motif de violence c’est celle liée à l’infidélité : violence psychologique, verbale avant de devenir physique et économique. Lorsque les femmes fouillent et se rendent compte qu’elles sont trompées, elles deviennent sujettes à des violences. Des pères qui violentent les mères et inconsciemment cela détruit les enfants. Ces derniers intériorisent et reproduisent le schéma. Ce qui explique aussi cela c’est un manque de sensibilisation et de considération féminine. Le sexisme est poussé : caricatures, écrits, blagues. Il y’a un rabaissement de la femme camerounaise. On la traite de matérialiste, on parle moins de la femme instruite et celle qui est excellente, on parle de celle qui coûte chère à cause de la dot alors que très souvent elle-même est victime d’une société qui ne la considère que lorsqu’elle est vendue ou donnée en mariage. Il y’a quand même des hommes qui m’ont écrit pour dire qu’ils n’ont aucune connaissance de la culture du viol, du sexisme. Toutefois, nombreux sont ceux qui n’ignorent rien de tout ça. Les hommes camerounais via le digital sont beaucoup plus violents que d’autres. Ils tiennent des propos qu’on ne trouvera pas chez des hommes béninois, ivoiriens, qui ont pourtant une réputation de sexistes. Mais le côté violent et dégradant de la femme, on le retrouve plus chez nous. En fait une femme va donner son avis en politique on lui dira tu n’es pas mariée, on fera du Slot Shaming, du Body Shaming, ou du Revenge Porn. Des sociétés comme le Sénégal sont machistes mais pas avec des mots violents comme les camerounais.

Mystic ODB : Que répondez-vous aux personnes qui ne comprennent pas votre combat et s’appuient sur le fait que vous restez traumatisée par ce que vous avez subi ? Selon eux, vous n’êtes pas encore guérie et avez besoin d’aide.

Minou : Déjà, quelqu’un ne peut pas dire qu’il ne comprend pas mon combat (rires). Je dérange certaines personnes et c’est là le problème. La plupart du temps, les violences faites aux femmes ont toujours été représentées par des mamans. Celles-ci avaient un discours polissé. Elles ne savaient pas dire qu’un violeur c’est un criminel, il doit aller en prison, qu’une mère qui violente sa belle-fille c’est une criminelle, parce que c’est criminel de faire ça. Beaucoup ont déjà vécu, beaucoup le font. En fait je viens déranger les violences qu’ils toléraient au niveau de leurs amis, de leurs mères ; je dérange car je mets à jour des comportements cachés, tabous. Je suis traumatisée c’est vrai, ce que j’ai vécu cela fait juste deux ans et ça a été traumatisant, mais je suis intelligente pour me relever. J’ai la chance d’avoir été aidée en Côte d’ivoire par Amiral OBOGNON, Guillaume SORO, Alain LOBOGNON. J’ai la grande chance d’être tombée sur le docteur Mireille SALMONA qui est spécialiste en psycho-trauma et en mémoire traumatique qui m’a permis de mettre des mots sur mes maux. Du coup, au lieu de m’apitoyer sur mon sort, me suicider j’ai décidé de m’améliorer, je suis devenue meilleure, chaque fois que j’aide une personne. Je suis une arme très forte contre les violences faites aux femmes parce que je connais le processus.

 
Mystic ODB : Est-ce qu’après les coups il est possible pour ces femmes de se reconstruire, vivre une vie amoureuse épanouie ?

Minou : Il y’a une vie après les coups. Je crois que je suis le plus beau témoignage de cela. Il y’en a d’autres bien sûr. C’est pour ça qu’on se bat pour que les gens se rendent compte qu’à un moment il faut alerter. Il y’a une vie après les coups, oui sauf qu’après il faut comprendre le processus obligé de guérison. Par exemple, les victimes de violences sexuelles si elles ne sont pas traitées vont reprendre le schéma de peur sur leur conjoint ou développer des comportements déviants : stress post traumatique, alcool, sexualité débridée (raison pour laquelle plusieurs femmes qui se prostituent ont été violées) prendre des drogues, fumer, prendre des produits illicites. On n’est pas obligé d’être spécialistes, il faut juste aimer ces personnes. On les aime, on leur fait comprendre avec des mots précis. Il y’a des mots qu’il faut utiliser avec ces personnes. Leur faire comprendre qu’elles ont une belle vie qui les attend. Quand on sort de l’horreur, on a beaucoup plus d’assurance, on ne vit plus selon le regard des autres, lorsqu’on est bien traité, sinon on vit dans la peur, on est détruite. Lorsqu’on est mieux traitée, on n’est pas rabaissée, on crée des femmes guerrières, des femmes qui s’aiment et on attire les meilleurs hommes. Ces hommes doivent savoir jouer de douceur, de respect du corps, de courage vis-à-vis de ces femmes, beaucoup d’humanité.

Mystic ODB : En ce qui vous concerne personnellement, qu’est-ce qui vous a aidée à sortir de cette emprise psychologique qui empêche aux femmes d’oser ouvrir la bouche?

Minou : La première chose, le 27 novembre 2016 à Cotonou j’avais essayé de trouver un téléphone pour fuir le piratage et le harcèlement dont je faisais l’objet. Une énième scène de violence devant un personnel. Celle qui m’a aidée à sortir de là c’est Amira LOBOGNON, Alain LOBONGNON, Guillaume SORO. Ce sont des personnes qui m’ont reçue chez elles alors que nous n’avions aucun lien de sang et qui m’ont donné beaucoup d’amour, qui m’ont aidée à avoir confiance en moi. Cela a qui a été ma force : voir d’autres personnes me montrer que j’ai de la valeur quand moi-même je pensais que je ne valais rien. C’est un souvenir encré dans ma mémoire. Etant en sécurité, j’ai pu témoigner sans crainte on m’a dit « tu vas vivre » du coup j’ai donné le nom de l’association « j’ai décidé de vivre ». Cet amour et cette valeur-là m’ont vraiment permis de libérer la parole.

Mystic ODB : Quelle est votre vision pour les dix ans à venir et que voulez-vous faire de ce combat à long terme ?

Minou : Ma vision à venir dans mon combat : éradication des violences. Maintenant ma vision c’est de faire de « j’ai décidé de vivre » une très grande association, parce qu’il faut laisser un héritage conséquent. Je vais continuer avec des campagnes de sensibilisation. Mais surtout, ma vision c’est que les dirigeants, les présidents puissent faire un plan national, un plan d’urgence de lutte contre les violences faites aux femmes en Afrique. Parce que déjà mon histoire en elle-même est panafricaine : je suis une camerounaise, par le passé en couple avec un béninois et ayant été sauvée par des ivoiriens. Donc ma vision c’est un ministère dédié avec les ressources qu’il faut, un plan d’urgence avec des formations de tout le système de nos pays. Ma vision c’est qu’on puisse voter au sein de l’Union Africaine une charte conjointe en dehors des lois mais celles-ci soient bien synchronisées. Ma vision, c’est un héritage qu’il faut laisser : savoir que le harcèlement c’est un crime, pas qu’un délit, que les violences conjugales, sexuelles soient reconnues comme des crimes, la violence psychologique, économique parce qu’il y’a un gros souci sur les pensions des mères divorcées et célibataires. Des lois strictes et dures envers des criminels, qu’ils soient châtiés, que les pouvoirs publics et les politiques frappent fort. Un réveil des femmes ; qu’elles sachent qu’elles sont importantes, qu’elles participent à l’adoption de lois, pour protéger leurs vies et celles de leurs filles. 

Mystic ODB : On vous voit très active sur les réseaux sociaux. Est-ce que le digital a une place importante dans votre combat ? Quel est votre mot pour la jeune femme camerounaise et tous ceux qui liront cet article ?

Minou : Le digital aujourd’hui est mon arme et ma plus grande alliée. L’une des choses que j’avais remarquée c’est que les personnes étaient sur le terrain mais n’arrivaient pas à produire du contenu. Les personnes posent des actions mais ne les relaient pas sur le digital. Or aujourd’hui tout le monde a un téléphone portable. Ma stratégie c’est donc d’entrer dans le téléphone de ces femmes, et leur permettre de cliquer sur tel et tel en cas de problème. Grâce au digital, je peux être dans ma chambre et toucher 10 000 femmes. C’est cette technique qui m’a permis de toucher une large audience tout en étant dans mon processus de guérison. Comme mot de fin, déjà merci pour cet interview, pour l’intérêt porté au sujet. Je souhaite dire à tous ceux qui liront cet article de commencer à penser qu’ils doivent financer énormément les personnes qui se battent contre les violences faites aux femmes. Il est important de se battre pour cette cause car cela concerne 52 % de l’humanité et 51 % de la population de nos pays en Afrique Francophone. Le développement vient de la lutte et du bien-être de ses 51 %. Les violences font perdre aux entreprises des milliards à cause du harcèlement sexuel. Les violences font perdre près de 30 milliards à la société africaine. On dépenserait moins si on devait prévenir ce phénomène. Au-delà des Bravo, il faut du financement. Il ne s’agit pas de monter les hommes contre les femmes mais de promouvoir une société où les droits de chacun sont respectés. J’invite les entreprises à s’y mettre.

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